21 / Communauté de recherche du 20 juillet 1944

Communauté de recherche du 20 juillet 1944
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La Communauté de recherche du 20 juillet 1944 a pour objectif de perpétuer l’héritage de la résistance, de comprendre pourquoi elle a été fondée et quelles sont ses missions.

Le soir du 8 novembre 1944, Rüdiger von Voss attendait en vain son père. Ce dernier voulait se rendre rapidement au lac de Heinersdorfer pour acheter du poisson, mais il s’est dirigé dans la forêt et s’est suicidé. Hans Alexander von Voss (1907-1944) faisait partie de la résistance militaire et était impliqué dans les plans de l’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944. Lors de son arrestation, il refusa à tout prix de révéler d’autres noms.

Veuves et enfants des résistants marqués par le chagrin

Plus de 70 ans se sont écoulés depuis l’attentat raté contre Hitler. En juillet 1973, la Communauté de recherche du 20 juillet 1944 a été fondée. Lors du 26e colloque de Königswinter, environ 150 invités ont célébré le 40e anniversaire de l’organisation. Rüdiger von Voss, l’un des membres fondateurs, a évoqué les débuts difficiles.

Pour les veuves et enfants des résistants, l’après-guerre fut marqué par la pauvreté, les privations, le chagrin et la souffrance, a expliqué M. Voss. « La guerre était perdue, l’avenir incertain. » Les familles et proches des résistants étaient isolés et longtemps discriminés, d’autant que les auteurs de l’attentat étaient accusés de trahison. « La gestion des morts était laissée aux veuves et aux enfants », se souvenait Voss.

Traumatismes des survivants

Le « traumatisme des survivants » a conduit à ce que les enfants et proches des résistants se replient sur leur vie privée après la guerre et n’évoquent plus leur destin. Dépendantes d’elles-mêmes, les mères et enfants devaient d’abord trouver leur voie pour surmonter le deuil.

Pourtant, la « récit de l’indicible» s’est transmis aux enfants, raconte M. Voss : « Nos pères sont devenus des héros inaccessibles, qui nous avaient quittés sans nous montrer la voie d’une vie digne. » La plupart des enfants ont été accompagnés par cette « ombre de la mort» toute leur vie. « Il fallait se faire sa propre idée des morts et, par nos actes, reprendre l’esprit de la résistance », expliquait M. Voss. Il a fallu longtemps pour trouver un langage propre pour évoquer ce qui s’était passé.

Rencontres de Liebenzell dans les années 1960

Il a fallu plus de dix ans avant que les descendants des familles de résistants se rencontrent enfin. Les « rencontres de Liebenzell» entre 1956 et 1964, organisées par Renate comtesse Hardenberg et Gertrud Lampe, visaient à sortir les familles de la résistance de l’isolement. Ces rencontres ont créé une solidarité et des amitiés qui ont servi de base à la fondation de la Communauté de recherche.

Entre 1971 et 1973, les rencontres ont pris une dimension plus politique, selon M. Voss. Lors des colloques à Glashütten et Schmitten, les avis divergeaient sur les objectifs et la signification des rencontres. Cela a finalement conduit, le 20 juillet 1973, à la création de la « Communauté de recherche du 20 juillet 1944», en complément de la « Fondation du 20 juillet» déjà existante, toujours active à Berlin.

Activité scientifique de la Communauté de recherche

Les objections de l’époque, selon lesquelles une communauté de recherche serait inutile parce que l’histoire de la résistance était déjà largement étudiée, se sont révélées injustifiées, souligne M. Voss. Cela est notamment confirmé par les travaux scientifiques publiés dans la collection de la Communauté de recherche.

Selon M. Voss, de nombreux descendants des résistants se sentent chargés d’une tradition impérative : préserver la mémoire des résistants et poursuivre les recherches sur ce sujet. En effet, des descendants des familles Stauffenberg, Schlabrendorff, Delp, Pfuhlstein, Rathgens, Haeften et Schwerin font partie des membres.

Héritage de la résistance

D’après le président Friedrich von Jagow, la Communauté de recherche vise à ancrer durablement l’héritage de la résistance dans la société. « Il nous faut réussir à transmettre l’histoire aux générations de petits-enfants et arrière-petits-enfants », explique Jagow. La Communauté propose donc ateliers et camps pour élèves, jeunes adultes et étudiants, car : « Lorsqu’un jeune s’intéresse une fois à la résistance, cela est souvent récurrent dans sa vie. »

De Rieke C. Harmsen

Rédactrice en chef web | Numérique, éthique, culture, histoire, Église, questions sociales, ONG

Version allemande: https://www.sonntagsblatt.de/artikel/kultur/forschungsgemeinschaft-20-juli-1944