Sophie Scholl : résistante contre le national-socialisme
Temps de lecture : 7 minutes
Sophie Scholl était indépendante, sûre d’elle, douée sur le plan artistique et linguistique. Sa résistance contre l’injustice du régime nazi lui coûta la vie.
Markus Springer
Rédacteur de magazine | Culture, médias, univers numériques
14 février 2022
Héritage et reconnaissance
Sans doute, aucune autre personne de la résistance allemande contre le nazisme n’a vu autant d’écoles, places et rues porter son nom que Sophie Scholl. Son buste se trouve dans la Walhalla et au Musée de cire Madame Tussauds à Berlin. Sophie et ses compagnons de la « Rose blanche », entre juin 1942 et avril 1943, ont appelé à résister aux nazis par des tracts. Elle et six autres membres ont payé cet engagement de leur vie.
La famille Scholl vient de Hohenlohe, dans le nord-est du Land de Wurtemberg, marquée par la culture franconienne. Sophie Scholl est née le 9 mai 1921 à Forchtenberg, quatrième enfant de Magdalena et Robert Scholl. Son père est maire depuis 1919, sa mère est la fille d’un cordonnier et contremaître d’usine de Künzelsau. Le devise de vie de la mère piétiste était : « Il en sera selon la volonté de Dieu. »
En 1942, un tournant : le 3 août, le père est arrêté pour avoir qualifié Hitler dans son bureau de « grand fléau de Dieu » et prédit la défaite allemande. L’arrestation du père, celle de son frère quelques années plus tôt pour activités de jeunesse interdites et actes homosexuels supposés, la progression de la guerre et les rapports catastrophiques du front amenés par des étudiants soldats sont autant d’éléments qui, combinés à son caractère et sa sensibilité aux souffrances du monde, expliquent sa résistance déterminée au nazisme, suivant son frère. Le pacifisme des parents et la piété maternelle sont également essentiels.
Les tracts de la « Rose blanche »
De juin 1942 à avril 1943, la « Rose blanche » diffuse des tracts et des affiches à Munich pour lutter contre la dictature nazie et demander la fin de la guerre. Alexander Schmorell et Hans Scholl, le frère aîné de Sophie, rédigent les quatre premiers tracts. Ils sont produits dans la maison des parents de Schmorell, à 100 exemplaires chacun, destinés principalement aux académiciens de Munich.
En hiver 1942, Sophie Scholl, Christoph Probst et le professeur Kurt Huber rejoignent le cercle restreint. Deux autres tracts sont préparés en janvier et février 1943, tous soigneusement élaborés. La Rose blanche met l’accent sur des fondements philosophiques et théologiques solides. La Gestapo crée alors une commission spéciale pour traquer les auteurs. Elle découvre rapidement que les tracts proviennent de jeunes étudiants munichois.
Avec un nouvel appareil de duplication, les tirages passent à plusieurs milliers d’exemplaires. Le risque est énorme : papier et timbres sont rationnés. L’achat en grande quantité attire les soupçons. Les tracts sont envoyés par coursier ou poste à Ulm, Stuttgart, Fribourg, Hambourg, Chemnitz et dans certaines villes autrichiennes.
Le cinquième tract contient le message : « Hitler ne peut pas gagner la guerre, il ne peut que la prolonger ! ». Le sixième tract, inspiré par la défaite catastrophique de Stalingrad, s’adresse directement aux étudiants allemands. Le 18 février, vers 11 heures, les frères et sœurs Scholl déposent les tracts devant les amphis du bâtiment principal de l’université de Munich. Les tracts restants tombent dans la cour, mais le gardien Jakob Schmid les surprend et parvient à les retenir. Les deux sont immédiatement arrêtés par la Gestapo.
Procès et exécution
Après un procès expéditif au Palais de justice de Munich, où les accusés peuvent à peine parler, Sophie, Hans et Christoph sont envoyés à la prison de Stadelheim le 22 février 1943, seulement quatre jours après leur arrestation. À 17 heures, Sophie est conduite dans la salle de la guillotine. Elle est calme et posée, selon le protocole. La guillotine fait son œuvre. Deux minutes plus tard, Hans est exécuté, criant : « Vive la liberté ! ». Christoph Probst est ensuite exécuté.
Sophie Scholl, l’être derrière le mythe
Sa sœur aînée Inge la décrit comme une personne à forte personnalité et ayant un grand sens de la justice.
En 1932, la famille Scholl déménage à Ulm, où Robert ouvre un cabinet de conseil fiscal et d’audit. Contrairement à leurs enfants séduits par l’idéologie nazie, les parents rejettent le fascisme. En 1933, Hans rejoint le Jungvolk, puis devient chef de section. En 1934, Sophie imite son frère dans le Bund Deutscher Mädel (BDM) en tant que cheftaine.
« Au final, il s’agissait de liberté »
Dans le Bund des jeunes filles, Sophie devient amie avec Susanne Hirzel (1921-2012). Hirzel se souvient : « Elle était comme un garçon fougueux, avec des cheveux bruns coupés court. Vive, audacieuse, et d’une désinvolture presque divine. » Elles campaient presque chaque week-end le long de l’Iller et du Danube.
Après l’exécution des Scholl, Susanne est également arrêtée et se retrouve dans la cellule où Sophie avait dormi cinq jours auparavant. Elle avait placé dans sa couche des photos de ses amis proches. Une camarade de cellule communiste, Else Gebel, raconte les derniers jours de Sophie : « Elle savait exactement ce qui l’attendait, et était parfaitement calme, même sereine. » Sophie aurait dit mélancoliquement en regardant par la fenêtre :
« Le printemps arrive si joliment, et il ne me reste que quelques jours à vivre. »
Hirzel illustre le fait que le réseau de soutien de la Rose blanche était plus large et plus étendu qu’on ne le pense. Environ 60 membres ont été poursuivis et condamnés.
La jeunesse et l’amour de Sophie
Les fêtes à Ulm, appelées « Tanzkränzle », lui plaisaient, tout comme les danses américaines. Elle rencontre le lieutenant Fritz Hartnagel, de quatre ans son aîné, lors de ces soirées. Leur relation, la seule masculine de sa courte vie, était complexe. Leur correspondance est presque complète. Selon son biographe Robert Zoske, Sophie voulait une relation sans intimité physique. Même en vacances, avec de fausses alliances pour paraître mariés, elle ne divulgua pas les actions de la Rose blanche à Fritz.
Influence de la foi protestante
La liberté intérieure et la résistance des Scholl découlaient-elles de la foi protestante de leur mère ? Ou d’un réveil religieux en 1941 sous l’influence du catholique Otl Aicher et du Hochlandkreis ? Le théologien catholique Jakob Knabe, dans sa biographie de 2018 « Ich schweige nicht: Hans Scholl und die Weiße Rose », le considère ainsi.
Adieu familial
Les parents ont peu de temps pour dire au revoir : dix minutes seulement. Robert embrasse ses enfants et dit à Sophie : « Vous entrerez dans l’Histoire. » Sophie répond : « Cela fera des vagues. »
La mère Lina écrira plus tard que Sophie est désormais tout entière auprès de Dieu, martyre ayant confirmé sa foi chrétienne jusqu’au bout.
Pour en savoir plus sur Sophie Scholl
Vidéo (en allemand): « Die 5 Gesichter der Sophie Scholl », ZDF Terra X
Vidéo (en allemand): « Sophie Scholl – Widerstandskämpferin gegen Hitler », WDR Planet Wissen
Vidéo (en allemand): « Bevor Sophie Scholl berühmt wurde… », funk Der Biograph
Vidéo (en allemand): « Sophie Scholl & die Weiße Rose: die 5 letzten Tage », funk MrWissen2go Geschichte
Audio: « Sophie Scholl und die Weiße Rose » im SWR2 Audiopodcast
Littérature: Sonntagsblatt THEMA-Magazin « Sophie Scholl »
Réseaux sociaux: Instagram-Projekt @ichbinsophiescholl von SWR und BR
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de Markus Springer
Markus Springer est rédacteur pour la culture, les médias et les réseaux sociaux au Sonntagsblatt, rédaction papier. Il se passionne notamment pour les curiosités de l’histoire de l’Église, Munich et les marques (principalement italiennes), ainsi que pour les voyages à moto avec son indestructible BMW G/S 80 (année de construction 1981).
Version allemande: https://www.sonntagsblatt.de/sophie-scholl