8 / Margaretha Rothe et sa résistance au sein de la « Rose blanche » d’Hambourg

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Élève, Margaretha Rothe entra en contact avec des cercles intellectuels qui rejettaient le national-socialisme. Étudiante, elle imprima et distribua des tracts contre le régime et devint l’une des figures centrales de la Rose Blanche de Hambourg.

Seuls 400 mètres séparaient la librairie « Agentur des Rauhen Hauses » au Jungfernstieg 50, près de l’Alster intérieur, de la maison au Dammtorstraße 25. C’est là que la Gestapo installa temporairement ses bureaux fin juillet 1943, après les lourds raids aériens sur Hambourg.

La police politique poursuivit avec une dureté implacable tous les opposants à l’État national-socialiste. Des gens comme ceux qui, à quelques centaines de mètres de là, imprimaient des tracts contre le régime nazi au péril de leur vie dans la cave de la librairie. L’une d’entre elles était l’étudiante en médecine de 24 ans, Margaretha Rothe, surnommée Gretha.

« On se réunissait ici en cercle élargi, de nouvelles personnes, également opposées au régime, se joignaient constamment à nous, et presque systématiquement, toutes les questions qui nous préoccupaient, nous les jeunes, étaient discutées avec beaucoup d’attention », écrivit Heinz Kucharski, l’ami de Maragaretha Rothe, à propos de ces rassemblements.

Kucharski était l’une des figures centrales du groupe qui devait plus tard prendre le nom de « Rose Blanche de Hambourg ». « Le déroulement de ces soirées était caractérisé par un esprit de renouveau révolutionnaire, qui s’est encore renforcé après les lourds raids aériens.»

Margaretha Rothe et la Rose Blanche de Hambourg : « Contre Hitler et la guerre »

Parmi les jeunes se trouvaient également Traute Lafrenz et Hans Leipelt. Ils avaient des contacts avec Munich et le groupe de résistance de la « Rose Blanche » sur place. Ils apportèrent leurs tracts à Hambourg puis les reproduire et les distribuèrent par le biais du groupe de Kucharski.

Dès 1940, peu après le début de la guerre, les jeunes se réunissaient dans des librairies et des appartements pour évoquer la politique. Dans l’acte d’accusation contre Margaretha Rothe, daté du 23 février 1945, il est dit : « Elle avait, selon ses dires, le désir de contribuer à un changement des conditions politiques en Allemagne en discutant de questions politiques en étant hostile à l’État. »

Le groupe écoutait également des stations de radio étrangères interdites et imprimèrent leurs fréquences et heures de diffusion sur des morceaux de papier ayant pour titre : « Contre Hitler et la guerre ». Margaretha Rothe s’est procurée une petite presse à cet effet. Avec Kucharski, elle distribuait les papiers dans les métros et les cabines téléphoniques.

Alors que de nombreux membres de la « Rose Blanche de Hambourg » se rencontrèrent à l’université, Rothe, Kucharski et Lafrenz se rencontrèrent dès 1936, encore élèves, lors d’une corvée de récolte pendant les vacances d’été. Gunther Staudacher, le neveu de Margaretha Rothe, écrivit  à ce sujet dans son livre « Margaretha Rothe et la Rose Blanche de Hambourg » : Ici « se rencontrèrent trois personnes qui, malgré leurs grandes différences de caractère, étaient unies dans leur opposition au national-socialisme. » Kucharski et Lafrenz étaient des personnes partageant les mêmes idées, qui « correspondaient à la soif de liberté et au rejet de la contrainte de Margaretha Rothe ».

« Elle n’aimait pas respecter les interdictions », poursuivait Staudacher. « Ainsi, elle ne voulait pas qu’on lui dicte ce qu’elle pouvait lire et ce qu’elle ne pouvait pas. Gretha se procurait de la littérature auprès de libraires critiques du régime. »

Par l’intermédiaire de Kucharski et Lafrenz, Rothe rencontra également l’enseignante Erna Stahl, qui avait enseigné à la Lichtwarkschule, dissoute par les National-socialistes en 1937 en raison des « opinions marxistes » de nombreux enseignants. Stahl organisa des cercles de lecture que les trois fréquentèrent ensemble. Rothe sera également accusée plus tard de cela, car lors de ces soirées, selon l’acte d’accusation, « des questions sociales et politiques étaient discutées dans un sens communiste-pacifiste ».

À propos de Margaretha Rothe : «Elle a surtout écouté, mais s’est à peine exprimé elle-même. »

Il y a peu de déclarations personnelles de Margaretha Rothe sur ses pensées et ses motivations pour sa participation aux cercles de lecture et aux actions ultérieures de distribution de tracts. De nombreux témoins contemporains du groupe racontèrent rétrospectivement que Margaretha Rothe avait surtout écouté et s’était à peine exprimée politiquement elle-même. Lafrenz la décrivit comme « une âme très touchante, c’est-à-dire une personne complètement et totalement propre moralement ». Cependant, son « énorme loyauté » a également fait qu’elle s’est beaucoup laissé influencer par Kucharski. Ce dernier la décrivit plus tard comme « une personne simple, modeste… très cohérente et avec une forte volonté… pas du tout un type intellectuel… »

Le 9 novembre 1943, Rothe et Kucharski sont arrêtés pour haute trahison. Peu à peu, plus de 20 membres de la « Rose Blanche de Hambourg » sont emprisonnés. Après des passages dans des prisons à Hambourg, Berlin et Cottbus, Rothe arrive finalement à Leipzig, où en mars 1945, affaiblie par la malnutrition, en détention, et lors des longs transports dans des wagons à bestiaux ouverts, elle contracte une pneumonie et une pleurésie, et finalement la tuberculose. Elle décède le 15 avril 1945 à l’âge de 25 ans à l’hôpital Saint-Jacob de Leipzig-Dösen.

Le souvenir de Margaretha Rothe

Les parents de Rothe : son père était statisticien à la Deutsch-Amerikanische Petroleum Gesellschaft, sa mère avait travaillé dans un magasin de mode avant son mariage. Ils étaient certainement au courant de ses activités, dit Gunther Staudacher. Dans l’avis de décès de sa fille, Wilhelm Rothe écrit que lui et sa femme avaient mis en garde Gretha   « contre les activités politiques ». Elle serait morte « à cause d’une bagatelle politique démesurément amplifiée par la cruauté de la terreur nazie ». Il parle d’un « système rigide qui rendait impossible toute pensée et action personnelle et rabaissait les gens à des êtres sans volonté et en faisait du bétail de troupeau, au lieu de la liberté toujours clamée ».

À Hambourg, une plaque commémorative en bronze dans l’Audimax de l’université commémore Margaretha Rothe et d’autres étudiants résistants depuis 1971. Au fil des ans, d’autres plaques et monuments ont été ajoutés, célébrant le souvenir de Rothe et la « Branche de la Rose Blanche de Hambourg ». Dans le quartier de Niendorf, un chemin porte son nom depuis 1982 et depuis 1988, il existe le Margaretha-Rothe-Gymnasium dans le quartier de Barmbek-Nord. Une résidence étudiante à Hambourg-Winterhude s’appelle    «Margaretha-Rothe-Haus » depuis 2016. À Leipzig également, une rue sur le site de l’ancienne « Anstalt Dösen », où Rothe est décédée et qui est aujourd’hui un quartier résidentiel, rappelle son souvenir depuis 2021.

De Imke Plesch, Correspondante epd

Imke Pletsch travaille comme journaliste indépendante principalement pour la presse écrite et en ligne, mais aussi pour la radio et la télévision ainsi que pour divers journaux et magazines. Elle a effectué son stage au service de presse évangélique (epd) à Munich, après avoir étudié le journalisme franco-allemand à Fribourg et Strasbourg.

Publications

Les relations franco-allemandes dans le cinéma de la fin de la République de Weimar : écho de la presse allemande sur les films « Westfront 1918 » (1930) et « Kameradschaft » (1931) de Georg Wilhelm Pabst.

Vdm Verlag Dr. Müller, 2013

Version allemande: https://www.sonntagsblatt.de/rothe-margaretha